L’arthrite psoriasique
L’arthrite psoriasique est un rhumatisme inflammatoire se caractérisant par des gonflements articulaires des mains, pieds et genoux associés à la présence de squames sur la peau (psoriasis). L’atteinte articulaire peut aussi affecter la colonne, le bassin et les hanches ; sa présentation peut être limitée à une articulation, à quelques articulations de manière asymétrique ou toucher beaucoup d’articulations comme dans la polyarthrite rhumatoïde (PR).
L’arthrite psoriasique appartient au groupe des spondylarthropathies séronégatives.
Le psoriasis cause l’apparition de squames sur le cuir chevelu et sur la peau des coudes et des genoux. Plus de 80% des patients présentent également des lésions aux ongles des doigts et des orteils. L’atteinte articulaire varie beaucoup d’un patient à l’autre, localisée aux petites (mains, pieds) ou grosses articulations (épaules, genoux, hanches), à la colonne vertébrale ou aux articulations sacro-iliaques.
L’arthrite psoriasique se rencontre aussi fréquemment chez les hommes que chez les femmes et survient d’habitude entre 20 et 50 ans. Elle peut survenir également chez l’enfant et il existe des formes familiales. 15 à 20% des patients présentant un psoriasis cutané peuvent présenter de l’arthrite. Chez certains patients, la forme cutanée ne se manifestera jamais.
Les premiers signes cliniques se présentent par un gonflement douloureux et inflammatoire de l’articulation. L’atteinte peut se propager aux tendons. L’atteinte la plus caractéristique est le gonflement en saucisse de l’orteil. Les douleurs seront surtout matinales et peuvent parfois s’accompagner de température. Souvent, le patient présentera une poussée cutanée lors de l’exacerbation de l’arthrite.
On ne connaît pas la cause du rhumatisme psoriasique. Comme la PR, sa cause est plurifactorielle et dépend de facteurs génétiques, immunologiques et d’environnement. Certaines cellules du système immunitaire (lymphocytes, macrophages) et des messagers protéiques appelés cytokines (TNF, IL1..) sont également impliqués dans la pathogénie de l’arthrite psoriasique.
Le diagnostic sera évoqué par le généraliste et confirmé par le rhumatologue sur la base de l’interrogatoire, de l’examen clinique, de la biologie et des radiographies. La prise de sang révèle souvent de l’inflammation sanguine et les radiographies peuvent démontrer des érosions asymétriques s’accompagnant de reconstruction osseuse. Le diagnostic différentiel doit se faire avec la PR, d’autres formes de spondylarthrite et parfois avec l’arthrite goutteuse.
Le traitement sera avant tout médicamenteux mais comprend également une prise en charge multidisciplinaire associant rééducation fonctionnelle, ergothérapie, soutien social et psychologique et parfois des interventions orthopédiques.
Les médicaments les plus fréquemment utilisés sont les antiinflammatoires (AINS). Ils agissent sur la douleur, le gonflement et la raideur articulaire mais ne peuvent prévenir les destructions articulaires. Certains nouveaux AINS appelés coxibs ont une meilleure tolérance digestive.
La cortisone à faibles doses (moins de 7.5 mg de prednisolone) sera recommandée dans les formes très sévères et évolutives. Les injections intraarticulaires de corticoïdes soulagent rapidement le patient.
On utilisera également des traitements de fond comme la salazopyrine ou le methotrexate. Ce dernier est le plus couramment utilisé et se révèle efficace pour l’arthrite mais également le psoriasis cutané. Ce traitement nécessite une surveillance clinique et biologique régulière afin d’éviter les effets secondaires notamment hépatique.
Récemment, les nouveaux traitements biologiques bloquant le TNF indiqué dans la PR ont démontré une remarquable efficacité dans l’arthrite psoriasique. L’etanercept (Enbrel) vient d’être admis au remboursement en Belgique. Ce traitement permet de réduire les gonflements articulaires et agit également sur le plan cutané. L’Enbrel s’administre par voie sous cutanée deux fois par semaine. Les effets secondaires décrits comprennent des réactions locales au site d’injection, la possibilité de développer de l’infection notamment la tuberculose et l’apparition d’auto-anticorps mais sans expression clinique. Ce traitement pourra être initié par le rhumatologue en cas d’atteinte polyarticulaire ou oligoarticulaire (3 à 5 articulations) sévère et réfractaire au traitement classique.
Dr. P. Durez
Janvier 2005
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